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Histoire de Madagascar : de la colonisation à l'indépendance
Culture

Histoire de Madagascar : de la colonisation à l'indépendance

My Madagascar Trip25 juillet 2026
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Royaume merina, colonisation française, révolte de 1947, indépendance en 1960 : plongée dans l'histoire moderne de Madagascar jusqu'à nos jours.

Histoire de Madagascar : de la colonisation à l'indépendance

Introduction

L'histoire moderne de Madagascar est l'une des plus fascinantes d'Afrique. Île-continent longtemps isolée, elle a vu naître un royaume puissant au 19e siècle (le royaume merina), a été colonisée par la France à la fin du 19e siècle, a connu une révolte majeure en 1947, a obtenu son indépendance en 1960, et a traversé plusieurs crises politiques jusqu'à aujourd'hui. Cet article retrace les grandes étapes de cette histoire riche et complexe.

Pour en savoir plus sur les rois et reines malgaches avant la colonisation, consultez notre article Madagascar Queen — L'épopée des rois et reines. Pour comprendre la société contemporaine, lisez notre article sur la démographie et la société.

Madagascar avant la colonisation

Le peuplement austronésien

Madagascar a été peuplée tardivement dans l'histoire humaine. Les premiers colons sont arrivés il y a environ 2 000 ans, venant de l'archipel indonésien (Bornéo en particulier). Ce sont ces navigateurs austronésiens qui ont apporté la langue malgache, la riziculture, le zébu et les techniques artisanales. Voir notre article sur les langues malgaches pour plus de détails.

L'émergence des royaumes

Au fil des siècles, plusieurs royaumes se sont formés. Les plus importants étaient :

  • Royaume Merina (hauts-plateaux centraux)
  • Royaume Sakalava (côte Ouest)
  • Royaume Betsimisaraka (côte Est)
  • Royaume Antemoro (Sud-Est, avec tradition d'écriture sorabe)

Au 19e siècle, le royaume Merina, sous la conduite d'Andrianampoinimerina (1787-1810), entreprit d'unifier l'île. Son fils Radama I (1810-1828) poursuivit cette entreprise avec des succès remarquables.

L'ère des Madagascar Queens (1810-1897)

Radama I — Le modernisateur

Radama I est considéré comme le premier "roi de Madagascar". Il a modernisé l'armée, ouvert la cour aux missionnaires britanniques, adopté l'alphabet latin pour écrire le malgache et signé un traité avec les Britanniques (1817) qui le reconnaissent comme souverain. Son règne a été court (15 ans) mais transformateur.

Ranavalona I — La conservatrice

À la mort de Radama I en 1828, sa veuve Ranavalona I prend le pouvoir. Surnommée la "Madagascar Queen la plus controversée", elle a choisi une politique d'indépendance stricte face aux puissances européennes, persécuté les chrétiens locaux, tout en encourageant une industrialisation endogène avec l'ingénieur français Jean Laborde à Mantasoa. Son règne (33 ans) a préservé la souveraineté malgache pendant une période cruciale.

Les reines successives

  • Radama II (1861-1863) : ouvrit à nouveau le royaume, renversé en coup d'État
  • Rasoherina (1863-1868) : monarchie plus encadrée
  • Ranavalona II (1868-1883) : conversion officielle au christianisme
  • Ranavalona III (1883-1897) : la dernière reine, victime de la colonisation

Pour toute l'épopée royale, lisez notre article Madagascar Queen.

La colonisation française (1896-1960)

La conquête

Les Français avaient déjà établi un protectorat sur Madagascar en 1885, après une guerre franco-malgache qui avait mal tourné pour le royaume. En 1895-1896, une nouvelle expédition militaire française, dirigée par le général Duchesne, aboutit à la prise d'Antananarivo. Le 6 août 1896, Madagascar est officiellement annexée comme colonie française.

En 1897, le général Joseph Gallieni, nommé gouverneur général, abolit la monarchie et exile la reine Ranavalona III à Alger puis en Algérie, où elle mourra en 1917. La résistance armée, notamment le mouvement des "Menalamba" ("lambas rouges"), est écrasée dans le sang.

L'administration coloniale

Sous Gallieni (1896-1905) puis ses successeurs, la France mit en place :

  • Une administration coloniale directe remplaçant les institutions royales
  • Des travaux publics : routes, chemins de fer, ports
  • Une économie d'exportation : riz, vanille, café, girofle vers la métropole
  • L'éducation francophone (limitée aux élites)
  • Un système fiscal dur pour les paysans (impôt de capitation, corvées)

Cette période a apporté des infrastructures modernes mais à un coût humain élevé. L'exploitation économique, les travaux forcés et la stigmatisation culturelle ont créé un ressentiment profond.

Les premières résistances intellectuelles

Au début du 20e siècle, des intellectuels malgaches — souvent formés dans les écoles missionnaires — commencent à critiquer le colonialisme. Le Vy Vato Sakelika (VVS), société secrète fondée en 1913, représente une première tentative de résistance organisée. Elle sera réprimée en 1915.

Entre les deux guerres mondiales, des figures comme Jean Ralaimongo ou Paul Dussac militent pour plus de droits civiques et pour l'abolition du statut d'indigénat.

La révolte de 1947

Le déclencheur

En mars 1947, après des années de frustrations et encouragés par l'affaiblissement de la France d'après-guerre, les Malgaches se soulèvent. Le mouvement, mené notamment par le Mouvement démocratique de rénovation malgache (MDRM), vise à obtenir l'indépendance.

La répression sanglante

La répression française est d'une brutalité extrême. Selon les estimations, entre 11 000 et 100 000 Malgaches sont morts — le chiffre exact est toujours débattu, mais le bilan humain est considérable. Des villages entiers sont détruits, des milliers de personnes sont torturées ou exécutées, et les dirigeants du MDRM (dont Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy) sont emprisonnés ou exilés.

"La révolte de 1947 est la tragédie fondatrice du Madagascar contemporain. Son souvenir douloureux nourrit encore aujourd'hui une mémoire collective marquée par la volonté de ne plus jamais subir le joug colonial."

En France, cette répression fut longtemps occultée. Ce n'est qu'en 2005 que le président Jacques Chirac a reconnu le "caractère inacceptable" de cette répression lors d'une visite officielle.

Vers l'indépendance (1947-1960)

Le contexte international

Après 1947, le mouvement d'indépendance se poursuit sous d'autres formes. Le contexte international change : la guerre froide et la décolonisation mondiale (Inde en 1947, Indonésie en 1949, Vietnam en 1954, Ghana en 1957) ouvrent la voie.

En 1956, la loi-cadre Defferre accorde à Madagascar une autonomie interne. En 1958, l'île vote majoritairement "oui" au référendum instituant la Communauté française, devenant "République malgache" autonome.

L'indépendance — 26 juin 1960

Le 26 juin 1960, Madagascar accède à l'indépendance complète. Philibert Tsiranana, fondateur du Parti social-démocrate (PSD), devient le premier président de la Première République. Ce jour est célébré chaque année comme fête nationale (voir notre article sur les festivals).

La Première République (1960-1972)

Tsiranana gouverne dans un esprit modéré et pro-français, maintenant des liens économiques étroits avec l'ancienne métropole. Mais son gouvernement est critiqué pour sa corruption, sa dépendance envers la France et son manque d'attention aux campagnes pauvres. Une grève étudiante massive en 1972 provoque sa chute.

La Deuxième République (1975-1991) — L'ère Ratsiraka

Après une courte période de transition, le capitaine Didier Ratsiraka prend le pouvoir en 1975 et proclame la "Deuxième République socialiste". Son régime, inspiré par le modèle soviétique et par la Corée du Nord, nationalise l'économie, coupe les liens avec l'Occident et s'allie avec les pays non-alignés.

Cette période (16 ans) voit l'économie s'effondrer : pauvreté généralisée, pénuries, inflation. Les infrastructures héritées de la période coloniale se dégradent. En 1991, face à des manifestations massives, Ratsiraka est contraint d'accepter une transition démocratique.

La Troisième et Quatrième Républiques (1992-aujourd'hui)

Les années 1990 et 2000

  • 1993 : Albert Zafy devient président (Troisième République)
  • 1996 : retour de Ratsiraka au pouvoir par les urnes
  • 2002 : crise politique majeure entre Ratsiraka et Marc Ravalomanana (maire d'Antananarivo), qui se termine par la victoire de Ravalomanana
  • 2002-2009 : présidence Ravalomanana, relance économique et engagement environnemental
  • 2009 : coup d'État qui porte Andry Rajoelina au pouvoir, sanctions internationales

Les années 2010-2020

  • 2010 : adoption de la Quatrième République
  • 2013 : retour à la démocratie, élection de Hery Rajaonarimampianina
  • 2018 : retour d'Andry Rajoelina au pouvoir par les urnes
  • 2023 : Rajoelina réélu malgré des contestations

Défis contemporains

Madagascar demeure parmi les pays les plus pauvres du monde selon la Banque mondiale. Les défis actuels incluent :

  • Pauvreté : plus de 70 % de la population sous le seuil de pauvreté
  • Déforestation (voir notre article déforestation)
  • Changement climatique et sécheresse dans le Sud (voir climat)
  • Corruption et faiblesse des institutions
  • Infrastructures défaillantes

Pour comprendre l'économie actuelle, lisez notre article Économie malgache en 2026.

Conclusion

L'histoire de Madagascar est marquée par une succession de ruptures et de résiliences. De l'unification du royaume merina à la brutalité coloniale, de la révolte tragique de 1947 à l'indépendance de 1960, en passant par les alternances politiques du 21e siècle, elle révèle une nation complexe, dotée d'une identité forte et d'une capacité remarquable à se relever. Comprendre cette histoire est essentiel pour apprécier pleinement une visite dans la Grande Île. Notre équipe locale peut vous organiser des circuits historiques incluant les sites emblématiques (Rova d'Antananarivo, Ambohimanga, Mantasoa).


Pour aller plus loin :

Dernière mise à jour : 25/07/2026Voir plus d'articles